Retrouvez ici la sélection, mois par mois, des coups de cœur et très bons livres du dernier comité de lecture…

Ceux qui traversent la mer reviennent toujours à pied
de Marine Veith
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"Julien a dix-huit ans. Il est orphelin, n'a pas un sou et décide de quitter Marseille où il vivait avec sa mère. Il est pris en stop par Bardu, un vieux baroudeur un peu marginal qui transporte du cannabis sur son voilier, Meursault. Bardu invite le jeune garçon à l'accompagner sur le Meursault. Julien accepte. Lors d'une escale en Sicile, une jeune migrante congolaise, Exaucée, monte clandestinement à bord. Elle veut à tout prix rejoindre la France et va contraindre Bardu et Julien à quitter la Sicile sans qu'ils se soient acquittés de leur bakchich aux mafias qui contrôlent le trafic de stupéfiants. Tout cela ne sera évidemment pas sans conséquences et va contrarier les plans de Bardu et de son jeune protégé qui doivent fuir pour échapper à la pègre... et apprendre à vivre avec la volcanique et déterminée Exaucée.

C'est un roman âpre que nous propose Marine Veith : les réalités évoquées, le trafic de stupéfiants, le problème des migrants, sont ici judicieusement croisées et constituent deux fils narratifs bien ancrés dans la réalité de notre siècle. Le parcours des trois protagonistes et leurs traits de caractère sont évoqués avec vigueur, sensibilité et sans éviter leurs contradictions, c'est notamment le cas de Bardu qui se livre au trafic de cannabis « sans consommer » parce que « c'est dégueulasse ».
Le point de vue adopté, celui de Julien, fait de ce récit souvent palpitant un parcours initiatique sensible. Les clins d'oeil littéraires sont très présents : le personnage de Bardu n'est pas sans rappeler le Bardamu de Céline, le nom du bateau, Meursault, évoque évidemment L'Étranger de Camus et la rencontre avec celui qui se fait appeler Edmond Dantès est pour le moins haute en couleur, le cadre méditerranéen n'y est sans doute pas pour rien. Un premier roman prometteur sans doute à réserver, comme la collection l'indique, à des ados-adultes."
Amimots
d'Alis, Raphaële Enjary & Olivier Philipponneau
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"Un imagier dans lequel un hareng se transforme en fantôme, un paon en ogre ou une huître en momie, c'est inattendu et amusant ! D'autant plus que la métamorphose se produit facilement et grâce à des moyens limités : un rabat qui coupe les lettres en leur milieu sur la page de gauche, laissant apparaître un nouveau mot quand on le soulève, et un rabat qui permet de développer l'illustration différemment quand on l'ouvre sur la page de droite.
L'ensemble, sur fond blanc, n'utilise que le bleu et le vert, avec des formes très stylisées. L'ouvrage convient pour un joyeux moment ludique avec de jeunes enfants."

Julian est une sirène
de Jessica Love
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"Julian adore les sirènes. Justement, dans le train, il croise avec Mamita, sa grand-mère, trois belles jeunes femmes déguisées en créatures aquatiques. Il n'en faut pas plus pour que son imagination s'envole...
Arrivé chez Mamita, le petit garçon n'a qu'une envie : se déguiser à son tour. Avec un rideau, quelques feuilles de fougère et des fleurs, voici Julian transformé. Mamita le découvre, surprise, au milieu de son salon, puis décide de l'emmener, ainsi paré, participer à la grande parade qui se déroule sur la plage.

C'est un album coup de coeur. Coup de coeur d'abord pour les illustrations de Jessica Love. Ces peintures (de la gouache ?), sur un papier marron, sont d'une beauté à couper le souffle. Les corps et les postures y sont très expressifs, les teintes chaleureuses, la mise en page d'une grande variété. Très figuratives, elles oscillent pourtant parfois entre rêve et réalité. On apprécie notamment les pages de garde qui montrent, au début de l'album, Julian, Mamita et ses amies à la piscine puis, à la fin, les mêmes personnages transformés en sirènes dans l'océan ou encore la page de titre où un banc de poissons apparaît en transparence sur le mur de la ville.
Coup de coeur ensuite pour le sujet et ses personnages. Le sujet d'abord : représenter un petit garçon qui se déguise en sirène, c'est autoriser les garçons à pouvoir se glisser dans la peau d'une fille, au moins pour quelques instants. L'inverse ne pose que rarement problème mais, dans ce sens, cette identification gêne souvent plus... Ici, aucun jugement n'est perceptible et l'attitude bienveillante de la grand-mère resitue le plaisir simple et sans ambiguïté de l'enfant au coeur du récit. Les personnages ensuite : Julian, Mamita et tous les personnages sont noirs. Et, fait encore rare dans les albums jeunesse, ils ne sont pas pour autant « exotisés ». Ils vivent dans une grande ville et la couleur de leur peau n'a aucune portée ou incidence sur le propos.
Bref : un grand merci à Jessica Love, jeune autrice-illustratrice talentueuse et prometteuse !"
Carnet d'un voyageur immobile dans un petit jardin
de Fred Bernard
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"Voici un livre atypique qui s'adresse à celles et ceux qui aiment les jardins, tout ce qui y pousse et y habite, du plus petit insecte à l'arbre le plus grand, de la plus belle des roses à la limace léopard. Cela commence en février 2018 avec l'éclosion de la nivéole et du perce-neige jusqu'en mai de l'année suivante avec une limace blanche sur un brin de muguet et la vue que l'auteur a de son jardin enchanté. Oui, ce jardin est un véritable enchantement pour l'auteur qui sait observer, dessiner et noter les moindres « faits et gestes » des plantes et animaux qui forment cet écosystème fourmillant de vies. Fred Bernard le fait avec le savoir d'un naturaliste, l'humour d'un joyeux luron, la maîtrise et la liberté graphique d'un dessinateur de BD, l'amour de la littérature et de la poésie.

Ainsi l'auteur nous livre un épais carnet (plus de 200 pages) au format carré et au papier de qualité, où il dessine et écrit sa passion pour son jardin au travers de planches botaniques ou faunistiques (où sont notés les noms français et latins), agrémentées de bulles comiques, d'anecdotes, de références étymologiques, historiques ou de légendes grecques. Fred Bernard y glisse des citations d'auteurs ayant écrit sur la nature (Colette, Stevenson, Shakespeare, Ronsard), des aquarelles de paysages ou de châteaux du voisinage, des croquis noir et blanc ou couleurs du chat de la famille, de sa femme ou de leur fils ainsi que des pages « spéciales » comme celles de la symphonie du printemps (chant des oiseaux), des survivants cynégétiques (une petite harde de biches avec un cerf) ou du chant de la cigale. Le lecteur est libre de picorer au fil des mois ou de dévorer le tout, de revenir sur un passage ou de s'arrêter sur une planche ou un paysage.

Un carnet foisonnant, drôle, superbement documenté et illustré à l'aquarelle, à mettre dans toutes les mains des curieux de nature. "
Le dernier clou du cheval de Troie
de Gilles Baum & Alice Beniero
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"Une façon originale de raconter l'épisode du cheval de Troie qui a mis fin à la guerre du même nom à travers le point de vue d'un objet. Un clou attend son heure dans le sac d'Epéios, le charpentier, compagnon d'Ulysse. « Dix ans que je suis là, raide et fier, au garde à vous, à attendre mon tour.» Il raconte la construction dans le plus grand secret du cheval, la fièvre du chantier et enfin le grand jour : le charpentier le sort de l'ombre pour fixer la trappe qui cache les Grecs dans le ventre de l'animal. Quelle fierté pour lui ! Ce sera le dernier clou, celui qu'Ulysse fera tomber pour ouvrir aux soldats, le massacre peut alors commencer.

Une revisite du mythe du cheval de Troie très réussie. La narration à la première personne est vivante, les phrases aux nuances poétiques sont courtes, rythmées et mettent bien en valeur l'intensité dramatique de l'épisode. La personnification du clou fonctionne, il observe, guette, attend son heure et dit sa fierté de tenir un rôle majeur dans l'histoire. J'aime beaucoup les illustrations modernes d'Alice Beniero qui joue sur les couleurs, les contrastes entre la taille du clou et le gigantisme du cheval. Elle alterne les plans, et stylise certains éléments du décor.
La dernière page retrace en quelques paragraphes l'histoire de cet épisode de la mythologie grecque afin de clarifier les faits pour les jeunes lecteurs qui ne les connaîtraient pas."
Les ombres de Nasla
de Cécile Roumiguière & Simone Rea
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"Nasla n'arrive pas à s'endormir, dans le noir de sa chambre, elle regarde un petit oeil jaune qui la fixe du haut de son armoire. Elle s'interroge : qui l'observe ? Sybille sa tortue en peluche qu'elle vient de reléguer en haut parce qu'elle est trop grande maintenant pour dormir avec elle ? Elle a rejoint tous les vieux jouets qui traînaient, tiens, on dirait que Timboutou, son éléphant remue sa trompe, serait-il en colère d'être dérangé par la nouvelle arrivée ? L'imagination de la petite fille s'emballe, elle pourrait tout expliquer mais la nuit on ne parle pas, elle saisit alors son doudou pour se rassurer et s'endort tranquillement... « Sur l'armoire, le chat déploie ses pattes et s'étire. Il en a assez de jouer avec la trompe de ce benêt d'éléphant. »

Un album poétique tout en délicatesse pour parler de ce moment particulier où l'enfant n'est plus un bébé mais n'est pas encore totalement un grand, il a grandi. Pour se le prouver à lui-même il délaisse ses vieilles peluches mais dans la nuit, chaque ombre devient un mystère inquiétant, les vannes de l'imagination s'ouvrent « Qu'est-ce qui se passerait si le trou jaune grandissait, s'ouvrait et la mangeait tout entière ? » Le texte retrace les hésitations, les doutes de la petite fille, deux petites voix résonnent en elle : l'une pose des certitudes, l'autre ouvre des possibles au conditionnel...
Les illustrations magnifiques de Simone Rea nous plongent dans un univers de rêve, alternant les pages majoritairement au fond noir avec quelques pages au fond coloré. Stylisées, elles donnent vie aux créatures imaginaires de Nasla avec beaucoup de douceur et on s'attache tout de suite à cette petite fille à la chevelure flamboyante représentée à cheval sur un nuage sur la couverture, symbole de ce voyage imaginaire dans la nuit.
Une chute pleine d'humour met fin à cette jolie histoire.
Un album qui joue avec poésie et tendresse avec la peur du noir."
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