Retrouvez ici la sélection, mois par mois, des coups de cœur et très bons livres du dernier comité de lecture…

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Le plus bel été du monde
de Delphine Perret
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"Ce beau livre cartonné, au papier épais, est dédié « aux lieux qui demeurent et nous voient passer ». Le plus bel été du monde est imprégné des paysages de collines douces qui entourent la maison de famille où l'enfant et sa mère passent des vacances, et auxquels l'aquarelle confère une épaisseur et une grande tendresse. Rien d'exceptionnel, certes, dans cet été au quotidien, où mère et fils dialoguent de façon très naturelle, au fil de leurs activités toutes simples de promenade, de cueillette, de baignade, ponctuées de brèves rencontres amicales ou familiales. Observer les grillons, chercher sa casquette, siffler avec une herbe, regarder une photo... : autant d'occasions de partager des sensations, des émotions, des souvenirs, d'apprendre le monde, par bribes, et de grandir.
Ce bel été est fait de petits riens, d'impressions, de moments fugaces, d'échanges brefs, où s'immiscent les souvenirs, celui de l'endroit où se cache le bocal de bonbons, mais celui aussi du grand-père ("Est-ce que t'as pleuré quand papi est mort ?" "Bien sûr."). Le texte capte des bribes de dialogue, des instantanés de la parole qui rythment la vie quotidienne. Chaque double page illustre un moment de vie et le très court dialogue qui l'accompagne, entre les paysages à l'aquarelle, sans texte. L'image récurrente de l'enfant face à ses chaussures à lacets, boudeur tout d'abord, puis à la tâche, et enfin chaussé ("J'ai réussi !" "Bravo !") nous dit aussi comme on grandit avec ces petits riens et toute la tendresse qui les accompagne.
Le plus bel été du monde est un magnifique album où la fantaisie que l'on connaît à Delphine Perret se traduit en douceur dans la finesse et la diversité des illustrations, dessin au trait et aquarelles, qui donnent une profondeur émouvante, parfois malicieuse, aux courts échanges entre la mère et son fils."

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La nuit des reines
d'Alex Bell
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"Dans une Louisiane fantasmée et fantastique, la ville de Baton Noir est gouvernée par les adeptes du cojou, une magie puissante. Depuis plus de cinquante ans, Ivory Monette en est la reine : celle qui peut voir les legbas, les spectres qui règnent sur la destinée des hommes. Pourtant, malgré ses terribles pouvoirs, Ivory se fait assassiner à quelques jours de la Nuit des Reines.
Dans les bas-fonds de la ville, Jude Lomax, elle, vit seule avec son père estropié, depuis que Daryl, son frère, a été dévoré par les alligators. Pour échapper à un quotidien morose, elle joue du jazz et fait partie d'une fanfare. Engagée pour accompagner le cortège funèbre d'Ivory, Jude, en croisant une poupée fétiche, va être possédée par l'âme de la magicienne. Celle-ci veut enquêter sur sa mort et compte utiliser la jeune femme pour être ses yeux et ses oreilles. Mais à Baton Noir, côtoyer les puissants est infiniment dangereux et Jude va découvrir un monde de secrets et de violences terrifiant...

C'est un roman à la fois sombre, frissonnant et envoûtant que signe ici Alex Bell. Son héroïne, rudoyée par la vie, est attachante par sa pugnacité et son amour filial. [...] S'appuyant sur un univers visuel et culturel connu de tous, l'autrice parvient à rendre palpable les odeurs, la déliquescence de la ville et de ceux qui la peuplent grâce à des descriptions précises voire dérangeantes. Il faut avoir le coeur bien accroché pour mettre ses pas dans ceux de Jude et découvrir l'avilissement des puissants. Mais, heureusement, quelques personnes bienveillantes et/ou désintéressées vont lui venir en aide.
C'est un récit dense qui touche à de très nombreux thèmes : la différence, le handicap, la pauvreté, les croyances, les violences conjugales, le deuil mais aussi l'amitié et l'amour. L'écriture y est prenante et, en le fermant, on espère forcément une suite aux aventures fort sombres de l'entêtée Jude."

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Il est une tradition...
d'Elsa Delachair & Alex Viougeas
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"Du Burundi au Pérou, en passant par le Costa Rica, la Georgie, la Syrie ou le Malawi, cet album documentaire met en avant 60 traditions parmi la liste de 584 pratiques répertoriées par l'UNESCO dans 131 pays (liste en septembre 2021).
Avec Il est une tradition..., le lecteur pourra ainsi assouvir sa curiosité et parfaire sa culture générale puisqu'il est ici question de coutumes, d'arts, de jeux, de rites ou encore de sports divers et variés (les carnavals de Suisse et de Cuba, le café turc, certaines techniques de médecine traditionnelles chinoise, la fabrication du chapeau Pinta'o au Panama, les poteries de Sejnane en Tunisie, la cornemuse en Slovaquie, les rites de passage de la communauté Masaï au Kenya, les moulins et meuniers des Pays-Bas...). Un petit regret toutefois dans le fait de voir apparaître certains pays plus d'une fois (Chine, Suisse, Indonésie...) alors que des traditions d'autres pays auraient pu, peut-être, être mises en avant à la place.
La mise en page est aérée, l'ensemble est accessible et lisible (excepté lorsque le texte, noir, apparaît sur un fond bleu nuit, c'est dommage) et présente deux à trois traditions par double page, les descriptions d'Elsa Delachair sont brèves mais complètes. Les illustrations, travaillées à l'ordinateur, sont réalisées grâce à une surimpression de calques colorés, ainsi chaque image est composée de trois couleurs (deux couleurs plus une, obtenue grâce à la "somme" des deux premières) additionnées au blanc du papier. L'ensemble créé par Alex Viougeas est très graphique et vivement coloré, la complémentarité des couleurs est un plaisir pour les yeux.
Voici une jolie occasion de faire découvrir la multiplicité culturelle de notre monde. A partager."

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Fondue au noir
d'Hervé Jubert
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"Lola est une élève de 3e médiocre et solitaire, peut-être en lien avec son handicap. En effet, à l'âge de 10 ans, elle a brusquement cessé de parler sans que nul ne puisse en fournir la cause. Lors du confinement, elle découvre avec sa famille le plaisir de cuisiner. Elle a enfin trouvé sa voie : elle entre en 2e cuisine dans un lycée professionnel situé dans le Périgord. Elle fait équipe avec cinq autres adolescents tous très différents. Ils seront coachés par une cheffe très atypique qui a beaucoup roulé sa bosse, surnommée le Bosco. Animée d'une énergie incroyable, elle va amener sa brigade à se surpasser jusqu'à les sélectionner pour participer à une émission de télé-réalité. Mais la jalousie va s'inviter dans le scénario.

Un roman assez dense qui fait la part belle aux produits et à la cuisine du terroir. L'auteur développe aussi le côté géologique et historique du Périgord noir. Les acteurs sont attachants et on apprécie l'évolution des sentiments à l'intérieur du groupe ainsi que la solidarité que plusieurs élèves développent.
Certains rebondissements paraissent superflus : les trafics de produits aphrodisiaques de Mme Nâo, l'intervention de Castagnol, l'agent immobilier... même s'ils s'intègrent bien dans l'histoire.
Une bonne idée : les titres des chapitres tous en relation avec la cuisine.
Une lecture facile qui pourra plaire à des adolescents de 14/15 ans intéressés par la cuisine et qui apprécient le côté polar."

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Le vieillard et l'enfant
de Gabrielle Roy, Dominique Fortier & Rogé
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"Christine habite une petite ville de la province canadienne du Manitoba. Perchée sur des échasses ou chaussée de patins à roulettes, elle explore les rues désertées par cet été caniculaire. Lors d'une de ses excursions, elle rencontre un vieillard, Monsieur Saint-Hilaire. Une tendre amitié naît entre les deux personnages. La chaleur invite à la rêverie et à la nonchalance. Quel bonheur ce serait de profiter d'un peu de fraîcheur ! Monsieur Saint-Hilaire propose à Christine de lui faire découvrir l'immense lac Winnipeg...

Dans cette histoire, tirée du roman de Gabrielle Roy, La route d'Altamont (1966), il n'y a rien d'extraordinaire mais quelque chose d'essentiel : la rencontre avec l'autre et avec la nature.
La fillette et le vieillard se croisent, se trouvent et s'accordent dans leur rythme, leurs échanges, leurs réflexions. Christine est dans l'imagination et la découverte de grands espaces et Monsieur Saint Hilaire dans le souvenir de ces mêmes lieux. L'immensité de la nature les appelle l'un et l'autre vers un ailleurs.
Les illustrations de Rogé sont délicates. La couleur ocre domine l'album, rehaussée de quelques touches de bleu, de jaune, de rose. L'oeil ne se disperse pas, il voyage paisiblement au rythme de Christine et Monsieur Saint-Hilaire.
Les images sont vaporeuses. Les contours des personnages et des paysages sont estompés, permettant au lecteur de ressentir la chaleur accablante.
Quel plaisir d'écouter l'histoire racontée par le bel accent québécois de Marie-Thérèse Fortin.
Les 13 chansons inspirées de l'album sont également très poétiques et invitent elles aussi à la rêverie.
Un très bel album à déguster en plein été à l'ombre d'un arbre... et pas seulement sous les feuilles en étoiles d'un petit érable !"

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Plongée dans l'été
de Sara Stridsberg & Sara Lundberg
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"Le père de Zoé a disparu un jour de la maison. Son absence, inexpliquée, inquiète la petite fille. Alors, peu après, sa mère l'emmène dans un grand bâtiment. Son père y est soigné. Il a perdu ses ailes et le goût de vivre. Pour la fillette, c'est incompréhensible. Comment peut-on ne pas avoir envie de vivre ? Et comment peut-il l'oublier, elle ? Heureusement, là-bas, il y a Sabina, une nageuse qui rêve de traverser l'océan Pacifique et qui se promène en peignoir et maillot de bain. Avec elle, pendant l'été, Zoé s'amuse à dévaler les escaliers et à nager dans l'herbe du parc. Et puis, un jour, son père va mieux et peut désormais rentrer à la maison.

La dépression et l'hospitalisation psychiatrique sont des sujets rarement abordés dans les livres jeunesse. Sara Stridsberg choisit le point de vue d'une enfant pour le faire. Oscillant entre légèreté et gravité, son texte touche par sa justesse et sa simplicité. Le happy end, ici, n'est pas appuyé. Le père de l'héroïne « n'a jamais vraiment retrouvé la joie de vivre. Pourtant, tout s'est très bien passé pour lui. Certaines personnes ne sont jamais joyeuses. On a beau faire, elles restent toujours tristes. » Ce constat lucide aidera certainement de jeunes enfants à mieux accepter et/ou comprendre la dépression de leur proche.
L'illustration de couverture, remarquable, crée un niveau d'attente important et on ne peut qu'être légèrement déçu au premier abord en feuilletant les illustrations intérieures. Elles y semblent plus floues, plus désincarnées. Les visages, notamment, sont traités avec une grande disparité. Certains sont particulièrement travaillés et expressifs (comme sur la couverture par exemple) alors que d'autres sont juste esquissés à grands traits. Pourtant, plus on entre dans le récit, plus ces peintures contrastées prennent de l'épaisseur et viennent enrichir le propos. Les teintes vives, lumineuses, forment un contre-point bienvenu à ce récit poignant.
Un album à accompagner."

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